Vient de paraître

 

Les nombreux visiteurs, possibles acquéreurs, qui franchissent le pont sur La Lienne pour visiter le moulin rencontrent un homme délicat, aussi avenant que la petite annonce qu’il a rédigée lui-même comme un poème en prose, mais aussi un être désemparé, et seul.
L’homme, c’est le narrateur, et il s’adresse à Aubin, l’un de ses fils. Il fait le compte de ses deuils : les femmes s’éloignent, les enfants grandissent et délaissent leurs jouets, le dénuement menace, il a constamment froid et doit se séparer du moulin, son refuge.

Pour autant, la prostration ne gagne pas ; il invente une économie personnelle pour ne pas manquer ; il glane et il chine. S’il voyage, c’est sur Street View ; s’il ravaude au milieu de ses collections improbables, c’est pour le plaisir. Il continue de lire à haute voix – car c’est son métier – pour le compte d’une association qui promeut la lecture publique. Parcourant alors une France rurale insituable, il se laisse hanter par la figure d’un raccommodeur de porcelaine dont il aimerait la compagnie.

 

Éditions Orizons, octobre 2018

critique

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La façon des Insulaires – Gérard Laplace

Paru aux Editions Orizons dans la collection Littératures dirigée par Daniel Cohen

lundi 23 mars 2015, par Françoise Urban-Menninger
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©e-litterature.net

Dans cet ouvrage qui se lit comme un récit, Gérard Laplace nous invite à suivre les pérégrinations d’un géographe, François qui, en compagnie de Roland, son ami linguiste et botaniste, ou de Fred, un ami artiste, nous font arpenter le monde hors des sentiers battus « A la façon des Insulaires » toujours en quête d’îles inconnues, parfois même imaginaires.

 

Quand François chemine sur la voie romaine avec Roland, le linguiste passionné de botanique, on remonte avec eux le cours de l’histoire par la découverte de plantes anciennes et oubliées dont les noms latins renvoient à l’archéologie verbale qu’ils explorent tout en marchant.

L’association de la voie romaine et de la linguistique diachronique parsème ces pérégrinations de véritables trouvailles littéraires qui font tout le charme et l’intérêt de cet ouvrage à nul autre pareil.

Car nul doute que la quête initiée par François, Roland ou Fred est celle de l’écriture ! Et lorsque Roland déclare que « Dans le folklore breton, les voies romaines conduisaient au paradis… », on imagine bien que le paradis est le chemin, celui des mots qui nous font et nous défont.

Dès lors, nous déambulons avec bonheur et goûtons avec plaisir aux nombreuses digressions qui font toute la richesse de ce roman.

Ainsi le mot « Malicroix » devient-il le prétexte à évoquer l’Ancien et le Nouveau Testament, quant aux plantes telles la luzule, la cirse ou le gaillet dont on apprend qu’il est la fraise du lait, elles déclinent à l’infini leurs intitulés empreints de poésie.

Nous nous promenons avec Gérard Laplace sur une voie royale où le savoir et la saveur renouent avec leur vraie racine ! L’aventure est dans les mots qui nous mènent au coeur de notre entité. Et quand François s’installe dans la maison d’un ingénieur située dans l’Attrait (au nom combien évocateur !), c’est cette entité qui lui fait songer à « La topologie de l’être façon Heidegger ou Merleau Ponty : Etre, c’est être situé« .

Le véritable sujet du roman de Gérard Laplace est dans la matière même dont il use pour avancer sur son chemin d’écriture qui se confond, bien évidemment, avec celui de la vie. Le livre de Claude Duneton cité par François Au plaisir des mots pourrait figurer en sous-titre de ce roman singulier qui nous fait entrer de plain-pied sur un terrain d’aventures où les géocaches nous livrent sous les mots des trésors insoupçonnés.

Françoise Urban-Menninger


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Parution

Lire in Miroir du Centre (automne 2013) de Georges Mérillon un texte consacré à l’écriture de Gérard Laplace (p146-147-148). Extrait : « Creuse ton sujet. Cro, grotte garde fermentation, abri fécond. Paysages, dépourvus de prospérité nihiliste, contrées vues & lues, mais encore et surtout « habitées poétiquement » (…). »